|
La leucodystrophie métachromatique
Dr Nicole BAUMANN - Hôpital
de la Salpêtrière - Paris
Pr. Jean-Claude TURPIN - Hôpital Robert Debré - Reims
Définition
La leucodystrophie
métachromatique (LDM) est la plus fréquente des leucodystrophies.
Elle est due à un manque de transformation des sulfatides
qui du coup s'accumulent essentiellement au niveau du cerveau et
des nerfs périphériques.
Les constituants de la
myéline
affectés sont les sulfatides.
Transmission
La leucodystrophie métachromatique
est une maladie héréditaire transmise sur le mode
autosomique
récessif.
Ainsi, pour un couple dont les membres sont tous les deux hétérozygotes,
le risque d'avoir un enfant atteint est de 25 % à chaque
naissance. On estime que cette maladie touche entre 1/40 000 et
1/100 000 enfants à la naissance.
Manifestations cliniques
Elles peuvent apparaître
à différents âges de la vie.
La forme infantile
est la plus habituelle et apparaît dans la première
année de vie. L'enfant normal perd ses acquisitions à
l'âge de la marche. Il ne parvient plus à rester debout,
puis assis, puis à porter sa tête. Parallèlement,
sa parole se détériore. Son intellect est préservé
jusqu'au stade terminal. L'évolution vers un état
grabataire avec cécité débouche sur un coma
avec décérébration. Le décès
survient deux à cinq ans après le début de
la maladie.
La forme juvénile
survient entre 4 et 12 ans. Elle débute le plus souvent par
des troubles du comportement et une baisse des performances intellectuelles.
Les problèmes moteurs sont plus tardifs et plus lents. La
démarche devient maladroite et des difficultés d'élocution
apparaissent. Dans certains cas, l'enfant présente des crises
convulsives. Le décès intervient avant le vingtième
anniversaire, après une évolution proche de celle
de la forme infantile.
La forme adulte
est rare et trompeuse. Le diagnostic se fait devant une détérioration
mentale progressive (changement de personnalité, chute de
performance professionnelle, évoluant vers une démence).
Les signes neurologiques tardent à venir enrichir le tableau
de cette encéphalopathie
évolutive. L'issue est fatale, souvent dans les trois ans
qui suivent l'apparition de la maladie. Elle sera d'autant plus
tardive que les premiers signes sont apparus à un âge
avancé. Certains malades survivent au-delà de 40 ans.
Diagnostic
Il s'agit de mettre
en évidence par une prise de sang un déficit en arylsulfatase
A (ASA), qui est l'enzyme
de dégradation des sulfatides. Ce déficit étant
inné, il peut être dépisté avant l'apparition
des premiers signes cliniques. Un diagnostic prénatal peut ainsi être proposé
vers la dixième semaine de grossesse à partir d'un
prélèvement de villosités choriales effectué chez la mère.
Ce diagnostic sera confirmé
par une biopsie
d'un nerf sensitif, par la présence dans les urines d'une
sulfatidurie, et par la mise en évidence, à partir
d'une biopsie de peau, d'un trouble de la dégradation de
sulfatides radioactifs introduits dans une culture de fibroblastes
cutanés.
D'autres examens peuvent
être proposés : une imagerie
par résonance magnétique nucléaire et un
électromyogramme.
Physiopathologie
Le déficit
métabolique à l'origine de la leucodystrophie
métachromatique est bien connu. Il s'agit d'un déficit
en cérébroside sulfate sulfatase (CSS). La CSS nécessite
pour hydrolyser le substrat naturel l'enzyme, elle-même appelée
encore ASA, et une protéine activatrice ("sphingolipid
activator protein" ou SAP). Les rapports entre l'ASA et la
démyélinisation ne sont pas encore connus.
Cependant, les personnes
ayant un taux d'ASA effondré peuvent ne pas avoir de leucodystrophie
métachromatique, si cet effondrement est isolé et
ne s'accompagne pas de signe de surcharge. On parle de pseudo-déficience
en ASA.
Le gène de l'ASA est cloné. Il est sur le chromosome
22. L'allèle de pseudo-déficience a été
identifié. Les mutations donnant lieu à une leucodystrophie
métachromatique sont différentes dans les formes de
l'enfance et dans celles de l'adulte. On ne rencontre pas ces deux
formes cliniques au sein d'une même famille.
Le gène du SAP est
cloné et présent sur le chromosome 10.
Traitement
Il n'existe pas de
traitement efficace aujourd'hui.
Des espoirs sont nés
avec les transplantations de moelle osseuse. Des
rémissions de la maladie ont en effet été obtenues
dans les formes juvéniles lorsqu'elles ont été
effectuées au tout début de la maladie, c'est-à-dire
avant l'apparition de signes de dégradation neurologique.
La thérapie
génique doit permettre d'introduire dans l'organisme
un gène normal capable de fabriquer l'enzyme déficiente,
ici l'arylsulfatase A. On est pour l'instant au stade de la recherche,
mais le transfert d'un gène dans les cellules du système
nerveux central semble réalisable.
|